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Worldcoin, le mystérieux projet crypto de Sam Altman

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Worldcoin, le mystérieux projet crypto de Sam Altman

Worldcoin, le mystérieux projet crypto de Sam AltmanWorldcoin, le mystérieux projet crypto de Sam Altman

Peu connu du grand public, le projet Worldcoin, porté par le cofondateur d’OpenAI, fait de plus en plus parler de lui. The Big Whale a mené l’enquête 🔍.

Sorti du cerveau de Sam Altman, également à la tête d’OpenAI, la start-up qui développe le robot conversationnel ChatGPT, le projet Wordcoin évoluait discrètement ces derniers temps (il a été initié en 2020), mais il s’apprête à changer d’échelle, en partie grâce à la notoriété de son co-fondateur, Sam Altman.

Selon nos informations, Worldcoin vient de boucler une levée de fonds supérieure à 100 millions de dollars. Elle fait suite à une précédente levée de 100 millions de dollars en 2022, et de 25 millions de dollars en 2021. La valorisation de la société basée en Californie dépasserait les 3 milliards de dollars.

Parmi les investisseurs, on retrouve les grands fonds de la Silicon Valley, comme Andreessen Horowitz.

“Nous sommes très enthousiastes au sujet de Worldcoin. La technologie est très intéressante. Ils construisent un mécanisme de résistance à l’attaque sybil (attaque au sein d'un système de réputation qui est renversé par la création de fausses identités, ndlr)”, explique à The Big Whale Jake Brukhman, co-fondateur du fonds américain CoinFund, et investisseur dans Worldcoin.

Un optimisme qui n’est pas partagé par tous. “Tout le monde n’a d’yeux que pour Sam Altman. C’est vraiment le nouveau gourou de la Tech. Peu importe ce qu’il propose, il est sûr de trouver des financements”, regrette un investisseur français.

Un outil technologique : les “Orbs”

Pour scanner les iris du monde entier, Worldcoin s’appuie sur une machine étonnante, qui a l’apparence d’une boule de bowling chromée.

La machine a été dessinée par Thomas Meyerhoffer. Ce dernier est loin d’être un inconnu puisqu’il faisait partie de la première équipe de Jony Ive, le designer historique d’Apple, à la fin des années 1990. Voici ce qu’il déclarait il y a deux semaines sur LinkedIn : “Worldcoin touchera probablement plus de personnes que n'importe quel autre projet sur lequel j'ai travaillé”.

L’Orb - c’est le nom de sa machine - n’a qu’une seule fonction : scanner votre iris et convertir son empreinte biométrique en une donnée cryptographique dont la confidentialité est garantie via l’utilisation de la preuve à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proof).

Ceux qui l’acceptent peuvent laisser Worldcoin stocker leurs données biométriques afin “d'entraîner” son système.

Une fois couplée à l’application World App (disponible sur iOS et Android), la machine permet de générer votre “PoP”. Worldcoin affirme protéger la vie privée car la société ne collecte aucune information démographique telle que leurs noms, âges, adresses ou numéros de carte d'identité.

“La biométrie et le scan rétinien forment la solution la plus robuste pour identifier de manière certaine un humain”, souligne Jimmy Ragosa, expert blockchain et conseiller sur le projet d'identité décentralisée Sismo. “Le seul problème, c’est que ce système soulève des enjeux considérables en termes de surveillance”, s’inquiète-t-il.

Des orbs disponibles un peu partout sur la planète

Aujourd’hui les Orbs sont disponibles un peu partout sur la planète, même si ce n’est pas le cas en France. En Europe, c’est surtout du côté de l’Espagne ou du Portugal que les machines sont disponibles.

Comment cela fonctionne ?

Le programme repose sur une armée “d’opérateurs”, c’est-à-dire des personnes qui se portent candidates pour recevoir une Orb afin d’inciter des volontaires à se faire scanner l’iris. Cela peut être un(e) ami(e), un(e) membre de votre famille, un(e) collègue, etc.

Selon une personne interrogée qui a participé au programme, la sélection se déroule comme un entretien d’embauche. Il faut démontrer sa motivation par écrit et lors d’une rencontre en vidéo.

Si le test s’avère concluant, Worldcoin envoie une Orb et propose une rémunération en cryptomonnaies worldcoin à partager entre le “scanneur” et les “scannés”. Selon plusieurs participants, la rémunération est actuellement de 25 worldcoins contre le scan de son iris ; la valeur du worldcoin n’est pas encore connue, ce qui contribue à alimenter aussi la spéculation sur le projet.

Des sources proches du projet ont évoqué le lancement d’un token aux alentours de cet été. Selon la documentation officielle, il pourrait permettre d'exercer la gouvernance du projet à long terme (mais c’est très incertain). À ce jour, le projet n’a rien de décentralisé même si son équipe assure poursuivre cet objectif.

“Concernant le rôle exact du token, j’ai moi-même posé la question à plusieurs intervenants Worldcoin lors de conférences et ils ont été incapables de me présenter une réponse claire. Selon moi ,c’est surtout une incitation économique pour amener des personnes à se faire scanner l’iris”, souffle-t-il.

Un projet qui se heurte à des résistances dans les pays développés

À ce jour, plus de 1,5 million de personnes ont accepté de se faire scanner l’iris, mais la géographie est loin d’être homogène. "Aujourd'hui, Worldcoin est en ligne et a des opérations complètes en Espagne, au Portugal, au Chili, en Argentine, en Inde et au Kenya", précise un porte-parole.

“Les populations visées sont non éduquées sur les sujets de confidentialité et simplement attirées par la récompense en tokens”, pointe Jimmy Ragosa. “On ne leur explique pas les implications, et pour certains on les trompe en ne leur expliquant pas toutes les conséquences”, indique-t-il.

L’expert fait référence à plusieurs reportages parus en 2022 qui avaient obligé le CEO de Worldcoin, Alex Bania, à s’excuser publiquement.

En Europe, le bilan est très mitigé.

“Une femme avait commencé à utiliser des orbs en plein centre de Paris”, se souvient Jeddi Mees, program manager pour le fonds Fabric Ventures 🇬🇧. Mais la mayonnaise n’a jamais pris, notamment pour des raisons liées à la sécurité et à la protection des données.

Selon nos informations, Worldcoin aurait changé son fusil d’épaule pour éviter ce type de publicité. Désormais, le projet négocierait avec des sociétés spécialisées dans la distribution opérationnelle pour industrialiser le processus, comme les géants de la mobilité - trottinettes électriques par exemple.

“Alors que le système prévoyait de placer des Orbs partout sur la planète, Worldcoin va désormais inciter les gens à aller eux-mêmes vers les Orbs”, indique une source proche du projet. “Cela va passer par beaucoup de marketing en ligne, de l’achat de bannières publicitaires, de l’éducation via les médias, afin que les volontaires aient envie d’aller se faire scanner l’iris”, souffle-t-elle.

De quoi dépenser l’argent frais apporté par la récente levée de fonds…

Worldcoin ou pas, le monde va avoir besoin de différencier l’humain de la machine

En dépit des critiques à son égard, Worldcoin trouve aussi des soutiens, alors que la question de l’identification en ligne va devenir un sujet crucial.

“Worldcoin s’attaque à un problème extrêmement important, notamment dans l’écosystème web3”, relativise Jimmy Ragosa. “Empêcher les attaques sybil avec une solution de PoP permettrait d’empêcher le airdrop farming ou de se protéger des attaques de gouvernance par créations de multiples comptes”, indique-t-il.

“Cette problématique est devenue encore plus critique à cause des avancées en termes d’intelligence artificielle. Aujourd’hui, il faut pouvoir différencier facilement humains et robots en ligne”, poursuit-il.

Notre expert est catégorique : “Je suis d’accord avec le constat de Worldcoin : le monde a absolument besoin de solutions solides de Proof-of-Personhood”.

Finalement, la problématique de Worldcoin est de parvenir à marier la nécessité d’innover sur ce sujet tout en se dissociant de l’image négative qu’il véhicule : “Ceux qui critiquent Sam Altman le voient un peu comme un laboratoire qui fabriquerait une maladie, ChatGPT, et proposerait dans la foulée le remède, Worldcoin”, souffle le salarié d’un fonds. “Il est gagnant à tous les coups !”

Le sujet est toutefois complexe. Sam Altman ou pas, l’intelligence artificielle va continuer de progresser à vitesse grand V, et il sera bientôt indispensable de disposer d’une technologie semblable à celle développée par Worldcoin.

“Parmi tous les projets actuels de PoP et de Digital ID, c'est celui qui a le plus de chance de réussir, notamment grâce à la puissance médiatique, financière et sociale de son fondateur qui va devenir le Elon Musk de ces prochaines années”, prophétise Jimmy Ragosa.

“J’évalue ses chances de réussite de l’ordre de 5-10% car l’image dystopique du scan de rétine sera très difficile à vendre auprès de la population mondiale et des gouvernements. De plus, le passage à l’échelle du système de l’Orb semble être un obstacle insurmontable pour une adoption massive. La solution serait de pivoter vers un système basé sur les caméras des smartphones par exemple, mais cela soulève d’autres problèmes de confidentialité”.

“Je préfère que Worldcoin réussisse si tous les autres projets de PoP échouent, car un monde sans PoP ne sera pas viable”, conclut Jimmy Ragosa.

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