Valentin Demé (Cube3) : “Avec Spotlight, on veut mettre en lumière les meilleurs entrepreneurs Web3 de France”

L’incubateur Web3 Cube3 lance un concours d’un nouveau genre pour révéler les meilleurs entrepreneurs de l’écosystème français. Entretien avec son patron Valentin Demé.
Vous lancez Spotlight, une émission-événement autour de l’entrepreneuriat Web3. Qu’est-ce que c’est exactement ?
Spotlight, c’est une cérémonie et une émission YouTube, pensée comme un grand show qui met en lumière les entrepreneurs les plus talentueux de France. L’objectif est de repérer ceux qui rejoindront la saison 3 de Cube3. On est en train de créer un plateau très visuel, un cube physique de 25m² d’écrans, dans lequel les candidats vont être challengés à travers plusieurs épreuves.
Donc ce sera une sorte de concours ? Avec un gagnant à la fin ?
Exactement. Il y a une vraie compétition, façon “Squid Game” entre guillemets, même si c’est bienveillant évidemment. On met à l’épreuve les entrepreneurs, pas uniquement leur projet. Le projet est audité en amont pour valider sa solidité, mais sur le plateau, on challenge l’entrepreneur sur ses décisions, sa culture générale, ses réactions. Parce qu’on pense qu’un bon entrepreneur peut transformer un projet moyen en réussite, tandis qu’un mauvais entrepreneur peut planter une bonne idée.
Combien d’épreuves sont prévues ?
Il y en a cinq. Après la troisième, seuls dix entrepreneurs restent en course. Ces dix-là auront l’opportunité de rejoindre Cube3. Puis on sélectionne un grand gagnant, à la fois pour l’émission et pour le concours de pitch. Le tournage de la cérémonie aura lieu le 14 mai. Le jury comprendra notamment Éric Larchevêque et Nicolas Louvet. On coproduit l’émission avec Amixem.
Combien de candidatures avez-vous reçues pour le moment ?
Une quarantaine pour l’instant. On espère passer les 50, car on veut en auditionner 50 pour en sélectionner 25 qui entreront dans le cube. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 avril.
Qui peut participer ?
Il faut déjà avoir créé sa start-up. Ce n’est pas un programme d’idéation, on est dans une logique d’accélération. On cherche des fondateurs qui ont déjà avancé dans leur projet.
Qu’est-ce que remporte le grand gagnant ?
Il y a plusieurs dizaines de milliers d’euros de financement direct – public et privé – et environ 30 000 euros de dotations, comme un stand à CryptoXR 2026 d’une valeur de 10 000 euros, ce qui au passage confirme que CryptoXR aura bien lieu en 2026. On ne communique pas encore officiellement sur le montant exact du financement, mais c’est significatif.
“On a accompagné 25 projets en deux saisons”
Qui finance concrètement ?
Des investisseurs privés habitués à collaborer avec Cube3, principalement des business angels qui font confiance à notre processus de sélection. S’ils voient qu’un projet a gagné Spotlight, ils estiment que c’est solide.
Votre incubateur Cube3 entre dans sa troisième année d’existence. Quel bilan tirez-vous des deux premières ?
On a accompagné 25 projets en deux saisons. Parmi nos réussites : Dowgo, Rufiji Capital, Boonty, Memori Connect… Ce sont des start-ups qui traduisent bien notre vision du « Web3 du quotidien ». On utilise le Web3 comme une technologie au service de cas d’usage concrets – tokenisation d’énergie renouvelable, refonte des assurances, paiement transfrontalier en stablecoins, fidélité client, etc.
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Quels sont les principaux défis auxquels vous avez dû faire face ?
La réglementation, sans hésiter. C’est un sujet qu’on connaît par cœur, mais ça reste un gros frein. On voit des entreprises hésiter à se lancer en France à cause des lenteurs administratives, du coût des agréments, des incertitudes réglementaires. On essaie de les convaincre de rester en France pour profiter de certaines aides publiques, comme celles de la BPI,et des autres avantages, mais c’est compliqué.
Et du côté du financement ?
C’est aussi plus difficile qu’avant. On sent un climat attentiste, sans trop savoir ce que les gens attendent. Certains investisseurs freinent, d’autres en profitent pour accélérer. Mais ceux qui ont un bon projet, bien structuré, qui sont ultra motivés, arrivent à tirer leur épingle du jeu.
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Comment Cube3 aide-t-il concrètement les start-ups à se financer ?
On a mis en place plusieurs choses. Notamment “Plan Cube”, un format vidéo où on connecte les start-ups à notre réseau de business angels. On a aussi recruté quelqu’un qui ne fait que ça : structurer les pitchs, les decks, les business plans, et les envoyer aux bons réseaux. En plus, on a des advisors qui nous aident sur le financement public, notamment via la BPI ou les collectivités locales.
Vous êtes aussi actifs sur YouTube. C’est une vitrine efficace ?
Oui, ça aide beaucoup. Des start-ups comme VenaLabs ont gagné des clients après leur passage dans nos vidéos. Le “build in public”, c’est un levier puissant, surtout quand les produits sont déjà live.
“On prend toujours une petite part au capital (moins de 5 %) pour garder un lien sur le long terme”
Quels types d’accompagnement proposez-vous ?
On essaie de couvrir tout à 360°. On a des partenariats techniques avec des grands projets blockchains comme iExec, Solana, Starknet, Tezos via Nomadic Labs, qui offrent des subventions aux projets et financent en partie leur accompagnement. Juridiquement, on bosse avec le cabinet ORWL. On propose aussi du marketing, des ateliers hebdo, des one-on-one avec nos mentors comme Owen Simonin, Faustine Fleuret, Ivan de Lastours, etc. On structure, on finance, on expose. Et oui, on prend toujours une petite part au capital (moins de 5 %) pour garder un lien sur le long terme.
Vous êtes à l’équilibre aujourd’hui ?
Oui. Grâce aux success fees sur les levées, aux partenariats, et aux contributions des blockchains partenaires. On reste frugaux, mais on tient la route.
Parmi les start-ups qui ont le mieux réussi, quels sont leurs points communs ?
Le point commun, c’est qu’elles utilisent le Web3 pour résoudre des problèmes concrets. Elles sont curieuses, présentes, à l’écoute, et très bien structurées. Beaucoup ont trouvé leurs associés ou mentors grâce à Cube3.
Quels conseils donneriez-vous aux candidats de Spotlight ?
Soyez dans le concret. Les projets purement DeFi ou meme coins, c’est fun, mais ça survit rarement. Il faut que ça réponde à un vrai besoin. Et surtout, soyez ouverts, à l’écoute, prêts à vous remettre en question. Qu’ils s’éclatent, c’est le propre de l’entrepreunariat quand même !
Quelles sont les grandes tendances que vous observez en 2025 ?
Il y a beaucoup de projets autour de l’IA, des agents IA, de la tokenisation. La DeFi reste présente, mais beaucoup plus prudente. Surtout, on voit très peu de projets qui touchent directement aux activités encadrées par MiCA – c’est devenu trop risqué en coût juridiques et opérationnels pour de jeunes entreprises. Il y a un vrai appétit pour les Real World Assets (RWA), parce que ça reste plus simple juridiquement. Mais c’est aussi un frein à l’innovation.
Avant d’investir dans un produit, l’investisseur doit comprendre entièrement les risques et consulter ses propres conseillers juridiques, fiscaux, financiers et comptables.

