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Robert Materazzi (Lukka) : "Je n'ai jamais vu autant d'entreprises s'intéresser aux cryptomonnaies"

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Robert Materazzi (Lukka) : "Je n'ai jamais vu autant d'entreprises s'intéresser aux cryptomonnaies"

Robert Materazzi (Lukka) : "Je n'ai jamais vu autant d'entreprises s'intéresser aux cryptomonnaies"Robert Materazzi (Lukka) : "Je n'ai jamais vu autant d'entreprises s'intéresser aux cryptomonnaies"

Lancée en 2014, Lukka est devenue l'un des leaders dans les données sur la blockchain. La société basée en Floride travaille actuellement avec des centaines d'entreprises à travers le monde, ce qui en fait un excellent thermomètre du marché.

Lukka est l'un des grands acteurs dans l'univers des cryptomonnaies, et pourtant le grand public ne vous connaît pas. Pourquoi ?

Parce que nous sommes une société spécialisée dans les données et que nous travaillons uniquement avec des entreprises.

Nous nous sommes lancés sur un business de logiciel de fiscalité pour les cryptomonnaies destiné aux particuliers, mais dès 2017, à l'époque des ICO (Initial Coin Offering), nous avons basculé vers les entreprises. C'était d'autant plus intéressant que les entreprises de logiciel traditionnelles ne savaient pas comment gérer les données sur la blockchain (onchain).

C'est ainsi que nous sommes très vite devenus une société “Business to Business” (B2B). Nous avons créé notre propre logiciel de gestion des données blockchain, et maintenant nous sommes même capables de vendre ces données aux entreprises.

Quelles sont les entreprises qui achètent vos services ?

Nous avons commencé à travailler avec les grands acteurs du secteur parce que nous n'avions pas les moyens de développer des offres adaptées à tout le monde. Nous avons mis l'accent sur les données, leur précision et leur variété, plutôt que sur l'expérience utilisateur. En faisant ce choix, nous avons clairement exclu les petites entreprises.

Pourquoi ?

Parce que lorsque l'expérience utilisateur n'est pas “bonne”, il faut accompagner les clients et que seuls les grandes entreprises comme Galaxy Digital, Kraken, Tagomi (rachetée par Coinbase) ou Circle ont les moyens de payer des équipes dédiées.

Aujourd'hui, nous sommes capables de travailler avec des entreprises plus petites, mais le marché est surtout tiré par des gros acteurs de la finance traditionnelle. Nous travaillons avec State Street, BNY Mellon, S&P, Franklin Templeton, BlackRock et de nombreuses banques.

Vous parlez des banques, mais on a quand même le sentiment qu'elles ne sont pas si impliquées que cela ? Quel est l'intérêt pour elles d'utiliser vos données ?

Certaines banques sont très impliquées dans l'univers crypto. Elles ont désormais leurs équipes. Elles ont commencé à investir, et ces banques actives représentent à peu près 10% des acteurs financiers.

Les autres sont encore dans la phase d'exploration. Elles avancent progressivement sur ces sujets, et certaines d'entre elles attendent juste l'approbation des ETF Bitcoin Spot aux États-Unis pour pouvoir accélérer.

BlackRock est sans doute l'acteur financier le plus puissant qui n'ait jamais existé. Que pensez-vous de leur approche sur les cryptos ?

Ils sont très sérieux sur le sujet. BlackRock a déjà plus de 400 ETF disponibles, donc ils ne vont pas seulement créer un seul ETF crypto, mais plusieurs. Quand ces produits seront lancés, cela va avoir un impact sur toute l'industrie.

Vous voyez beaucoup de grands groupes travailler sur des projets cryptos ?

En sept ans d'activité, je n'ai jamais vu autant d'entreprises s'intéresser aux cryptos. Les choses vont sortir au fur et à mesure en 2024.

Que vendez-vous comme produits?

Nous avons plusieurs types de produits. Soit vous prenez un accès à notre logiciel qui est une sorte de portail de données auquel vous vous connectez. Il y a un abonnement annuel dont le prix varie de 10.000 dollars à plus de 1 million de dollars. Nous avons aujourd'hui plus de 600 clients institutionnels en direct et un peu plus de 2000 qui utilisent ce service de manière indirecte.

Nous avons également développé des produits qui correspondent à la demande de certaines sociétés. Prenez par exemple le cas d'un administrateur de fonds comme State Street. Ils gèrent plusieurs portefeuilles et ont besoin de visibilité sur ces portefeuilles qui sont investis en crypto. Nous leur fournissons les outils pour le faire à partir de leur propre interface.

Si vous êtes un fonds et que vous tradez sur Kraken, Coinbase, Uniswap ou quoi que ce soit, vous avez besoin d'accéder aux meilleures données. Vous pouvez utiliser notre logiciel ou même vous pouvez utiliser le vôtre, mais avec nos données. Nous ne serons que le data provider, c'est très flexible.

La seule chose que nous ne faisons pas, c'est l'opération des transactions et la custody. Nous ne sommes pas une institution financière, mais notre objectif est de fournir tout ce qui va à côté.

Quels types de datas fournissez-vous ?

Je ne pense pas qu'il y ait une autre société dans le monde qui ait autant de données sur les crypto que nous. Nous gérons 80 nœuds en propre, ce qui nous permet d'avoir une vue très large de l'écosystème. En 2024, notre objectif est de densifier encore notre pool de nœuds.

À quoi vous servent tous ces nœuds ?

À avoir de la donnée à la source. Le but est d'avoir toutes les données dont nos clients ont besoin pour leurs opérations. En tout aujourd’hui, nous couvrons 1 million de cryptos (fongible et non fongible).

Quelle est votre vision à long terme ?

Nous pensons que la blockchain va totalement changer l'économie et plus spécialement la finance. Si vous pouvez échanger un actif pour un autre actif sans passer par le cash, mais avec des cryptos, il n'y a aucune raison que les gens intelligents ne s'en servent pas. Et c'est exactement ce qu'il se passe.

Il va y avoir de plus en plus de business dans l'univers crypto, c'est une certitude. Et donc la question est de savoir quel business vous avez envie de créer dans cette nouvelle industrie.

Beaucoup de gens vont continuer d’aller dans la finance traditionnelle, ce qui est très bien, mais il faut savoir que c'est une industrie saturée. Ou alors vous pouvez aller dans des entreprises crypto, comme ConsenSys, Circle, ou Coinbase et nous pensons que Lukka peut être le fournisseur de données pour cette nouvelle économie.

Beaucoup d'entreprises de cryptomonnaies ont souffert ces 18 derniers mois. Comment allez-vous ?

Nous allons très bien. Nous avons effectué notre dernière levée de fonds il y a 2 ans pile, en janvier 2022. Nous avons levé 110 millions de dollars, ce qui nous a notamment permis de bien gérer le Bear Market.

Nous avons également pu nous positionner pour réaliser quelques acquisitions. En deux ans, nous en avons fait 3. Nous sommes toujours à l'affût d'autres dossiers pour nous renforcer. Nous regardons les sociétés de logiciels, de données onchain et offchain, nous regardons aussi les entreprises en dehors de la cryptomonnaie. Le vrai sujet est de trouver les bonnes cibles.

Trouvez-vous des cibles à des prix satisfaisants ?

Les valorisations sont encore élevées. Nous avons vu des dossiers dans lesquels les fondateurs sont encore bloqués sur les valorisations de 2021, or ce n'est plus du tout le cas, et il va falloir qu'ils le comprennent.

Quelles sont pour vous les zones les plus dynamiques actuellement ?

Il y en a plusieurs ! Je suis allé dans 25 pays en 2023 et j'ai rencontré beaucoup d'entreprises et de régulateurs, à Hong Kong, au Liechtenstein, aux États-Unis, en Suisse, au Brésil.

À Paris ?

Pas encore, mais c'est sur la liste ! Nous travaillons déjà avec de grandes banques françaises.

L'univers des cryptomonnaies évolue très vite. Ne craignez-vous pas d'être assez vite obsolète ?

Nous avons créé une société qui s'adapte très vite au contexte. C'est dans notre ADN.

Combien de personnes travaillent chez Lukka, et où ?

Nous sommes une entreprise mondiale avec 230 personnes et des clients dans plus de 50 pays. Nous avons plusieurs bureaux aux États-Unis ; notre siège est en Floride. Nous avons également des bureaux en Suisse, en Pologne, à Singapour et à Dubaï.

Où projetez-vous de vous développer en 2024 ?

Nous allons recruter au Brésil, à Hong Kong et au Japon surtout. Nous regardons aussi l'Australie. Il se passe pas mal de choses là-bas.

Lukka est sûrement l'une des sociétés qui a le plus d'insights sur l'industrie. Comment voyez-vous les choses ?

Beaucoup de gens considèrent que 2023 a été une mauvaise année, mais les choses sont plus subtiles. En réalité, le secteur s'est beaucoup développé, notamment avec l'arrivée massive des grandes entreprises traditionnelles. Avant, les entreprises, surtout les banques, ne faisaient pas grand-chose. Elles regardaient les cryptomonnaies, plutôt de loin, mais les choses se sont accélérées. Les cryptomonnaies ne sont plus un mot tabou.

Nous avons commencé à signer des contrats avec ces entreprises en 2021, et j'attendais de voir ce que cela allait donner en 2022 et 2023. Et devinez quoi ? Pas une seule, je dis bien pas une seule, n'a résilié son contrat. Cela veut dire qu'ils croient vraiment à ces sujets et que c'est du long terme.

Et sur les entreprises crypto-natives ?

Nous avons perdu des clients, mais seulement parce qu'ils ont tout simplement fermé. Ce qui est aussi intéressant, c'est de voir des gros acteurs comme Microsoft et Google, Amazon rejoindre l'écosystème. Ils ont démarré en prenant des nœuds et au fur et à mesure, ils tissent leur toile.

2023 a aussi été l'année de l'émergence foudroyante de l'intelligence artificielle. Qu'est-ce que cela a changé pour vous ?

Au-delà du bruit médiatique, ça a évidemment eu un impact sur notre business. Nous ne sommes pas une société d'IA, mais nous utilisons beaucoup d'IA pour profiter de ce que cela apporte en termes de puissance de calcul et de gestion des données.

Pour vous, à quoi va ressembler l'année 2024 ?

Je pense que ça va être l'année des entreprises, sans même parler d'événement aussi important que le "halving" de Bitcoin. La plupart des analystes sont plutôt sceptiques, mais je pense que nous sommes entrés dans un Bull Market.

Pourquoi dites-vous cela ?

Il y a plusieurs manières d'identifier un Bull Market, et l'un des moyens est de voir le niveau des vendeurs. Or, il n'y a quasiment plus aucun vendeur. Tous sont partis ! Aujourd'hui, il n'y a que des acheteurs, et c'est ce qui pousse les prix vers le haut.

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