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Rani Jabban : “On ne peut pas entrer dans la blockchain sans entrer dans la crypto”

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Rani Jabban : “On ne peut pas entrer dans la blockchain sans entrer dans la crypto”

Rani Jabban : “On ne peut pas entrer dans la blockchain sans entrer dans la crypto”Rani Jabban : “On ne peut pas entrer dans la blockchain sans entrer dans la crypto”

Basée à Genève, Arab Bank Switzerland est rapidement devenue l'une des banques les plus avancées sur les cryptos. Une stratégie qui a permis d'attirer de nouveaux clients, selon son Managing Director, Rani Jabban.

The Big Whale : Arab Bank Switzerland est aujourd'hui considérée comme l'une des banques les plus avancées sur les cryptos. Que faites-vous exactement ?

Rani Jabban : Nous offrons presque tous les services que nos clients peuvent attendre. Nous faisons de la conservation d'actifs numériques, du trading, c'est-à-dire de l'achat-vente de cryptomonnaies, et nous avons aussi développé des services de staking sur différents protocoles.

Depuis quand avez-vous fait ce choix ?

Nous avons décidé de nous positionner sur les cryptos en 2018. Comme beaucoup de gens, et notamment de banquiers, j'étais assez sceptique sur le sujet. Avant 2017, quand on me parlait des cryptomonnaies et du bitcoin, j'y croyais peu. Je voyais cela comme un phénomène spéculatif.

C'est en voyant comment ça marche et à quel point c'est intéressant que je me suis dit qu'il y avait quelque chose. Je ne crois pas que le bitcoin va remplacer les monnaies existantes, mais en tout cas, c'est un changement très profond. La blockchain va changer le monde de la finance, et il faut s'y mettre maintenant.

Beaucoup de banquiers s'intéressent à la blockchain, mais pas aux cryptos. Qu'en pensez-vous ?

Les deux sont liés. On ne peut pas entrer dans la blockchain sans entrer dans la crypto.

Quand le point de bascule s'est-il opéré pour Arab Bank Switzerland ?

La crypto et l'univers bancaire ont ceci en commun qu'il faut des solutions de conservation des actifs. La première chose que nous avons cherchée, c'était donc une solution de custody, et nous avons choisi Taurus. C'était en 2019. Il faut se rappeler qu'à l'époque il n'y avait pas grand-chose. L'avantage d'avoir la custody, c'est qu'après vous pouvez brancher tous les services autour.

Qu'est-ce qui a été le plus dur dans cette transition ?

En interne, ça a été facile parce que nous avons préparé le terrain pendant plus d'un an. Nous avons signé avec Taurus en décembre 2018, et la solution était disponible en 2019.

Nous avons formé tous les services de la banque : l'IT, le back office, le middle office, le front office. Ça n'a pas de sens d'avoir un seul service dans son coin qui fait de la blockchain.

Combien êtes-vous dans la banque ?

Nous sommes une banque privée, donc nous ne sommes que 145. Il y a 3 personnes à temps plein sur les sujets crypto, mais tout le monde peut agir sur ces sujets.

Vous êtes l'une des rares banques de la planète à faire du staking. Sur quels protocoles exactement ?

Nous faisons du staking sur Tezos, et nous allons bientôt en faire sur Ethereum et sur Polkadot. Nous avons des conditions assez spéciales pour le staking. Il faut que ce soit le plus sûr et liquide possible pour les clients.

Quelles sont les cryptos disponibles pour vos clients ?

Il y en a une dizaine parmi lesquelles le bitcoin (Bitcoin), l'ether (Ethereum), le XTZ (Tezos), le Dot (Polkadot). Nous allons bientôt faire aussi Solana et Avalanche.

Nous voulons sélectionner un minimum les tokens. Néanmoins, si un client veut un token spécial, on fera en sorte de lui offrir tant que c'est possible avec Taurus. Mais nous voulons protéger nos clients, donc on fait un minimum de due diligence. Et puis, il y a aussi les NFTs depuis 2022.

Qu'est-ce qu'un tel pivot vous a apporté en termes de business ?

Nous avons eu de nouveaux clients, qui venaient de l'univers crypto, ou alors des clients qui n'étaient pas de cet univers mais qui ont compris que nous étions une banque ouverte et en phase avec son temps. Ils nous voient comme des pionniers.

Nous sommes passés d'une banque privée assez conservatrice à une banque pionnière qui prend des risques, tente des choses. Ça a été un choix important. Nous ressentons une vraie fierté à la fois en interne et aussi du côté des clients, et à l'extérieur.

Notre activité d'actifs numériques a aussi permis de faire le pont entre deux activités historiques : la banque privée et le financement de matières premières. C'est le point de passage entre les deux. Aujourd'hui nous travaillons sur un Proof of concept d'un connaissement numérique (Bill of Lading) sur la chaîne Ethereum.

Beaucoup de banques hésitent à se lancer dans les cryptos parce qu'il y a beaucoup de contraintes, technologiques ou réglementaires. Qu'en pensez-vous ?

Sur les aspects technologiques, il y a des entreprises comme Taurus qui permettent de tout bien gérer de bout en bout, et puis sur la réglementation, les choses sont assez claires en Suisse. Les actifs numériques sont hors du bilan de la banque.

À partir du moment où on crée des wallets ségrégés par client, chaque client a son wallet et est propriétaire de ses actifs. Il peut aller voir ses actifs onchain.

La seule chose que les clients n'ont pas, ce sont les clés privées, parce que nous les gardons pour eux, mais ils peuvent tout consulter. Si nous faisons faillite, tous les clients récupèrent leurs fonds puisque c'est hors bilan. C'est en dehors du risque du bilan de la banque en Suisse.

C'est très important de l'avoir en tête : quand vous déposez vos cryptos dans une banque suisse et les conditions de ségrégation sont respectées, elles sont hors du périmètre de faillite.

Vous êtes aussi très présents sur les NFTs. Pourquoi ?

Nous sommes effectivement très présents sur le sujet depuis 2022. Pourquoi ? Parce que pour une banque privée, un positionnement art et numérique est tout à fait pertinent. Contrairement aux autres banques privées, nous n'avions pas encore une collection d'art privée, donc c'était tout à fait logique de se positionner.

Nous avons désormais une collection et nous avons lancé un prix dédié à l'art digital en 2023. La première lauréate était Marjan Moghaddam. La deuxième édition aura lieu au printemps et nous annoncerons le gagnant fin mai à la NFC Lisbonne comme l'année dernière.

Quels sont les projets pour 2024 ?

Développer l'offre de staking, développer les dérivés de première génération (put et call). Nous allons aussi voir quelles sont les nouvelles opportunités dans la tokenisation. Les choses avancent bien sur ces sujets, notamment dans notre région cible, c'est-à-dire le Moyen-Orient (Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite).

Est-ce que l'Arab Bank Switzerland s'expose aussi ?

Nous testons tous les produits que nous lançons. C'est une manière de protéger nos clients. Nous avons en portefeuille toutes les cryptos que nous proposons à nos clients. Quand on a fait du staking, on a d'abord testé sur le bilan de la banque. Idem pour les NFTs.

Nous avons toujours eu cette démarche. D'abord nous testons nous-mêmes, après nous le faisons avec quelques clients qu'on connaît bien et enfin nous lançons pour tout le monde.

Qu'est-ce qui vous intéresse dans la tokenisation ?

Ce qui nous intéresse sur la tokenisation, ce sont des fonds et des certificats qui permettent d'acheter et de vendre des paniers de titres. Les classes d'actifs intéressantes, ce sont celles où on parle au client final et pas à l'émetteur. Il faut que ce soit intéressant pour le client final sur des actifs qui ne sont pas liquides. On parle de private equity, d'immobilier.

L’une des grosses actualités de ce début d’année, ce sont les ETF Bitcoin Spot. Que pensez-vous de cette institutionnalisation du secteur ?

Je le vois de manière très positive. Plus il y a d’acteurs régulés et plus le secteur se développe et gagne en crédibilité. Cela va amener plus de liquidité et on va voir une demande beaucoup plus stable des cryptos.

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