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Pour Tezos, le compte à rebours a commencé

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Pour Tezos, le compte à rebours a commencé

Pour Tezos, le compte à rebours a commencéPour Tezos, le compte à rebours a commencé

­Conçue pour les très grandes entreprises, la blockchain Tezos peine à sortir de l’ombre du géant Ethereum. Elle mise sur de nouvelles innovations pour faire son retard. Mais est-ce possible ?

Nomadic Labs a un discours bien rodé et les grandes entreprises sont au coeur. “Ce sont elles qui touchent un très large public”, souligne Hadrien Zerah, numéro deux de Nomadic. “C’est parfois long de les faire basculer sur des blockchains”, concède-t-il. Mais le jeu en vaut la chandelle. Travailler avec quelques grands groupes donne de la visibilité, de la crédibilité, et surtout permet de se différencier de la concurrence. Et il y en a !

Le principal défi pour Tezos est de gérer la montée en puissance inexorable d’Ethereum. Une tâche qui s’annonce particulièrement compliquée. Outre le fait que la blockchain créée par Vitalik Buterin dispose d’une capitalisation plus de 130 fois supérieure à celle imaginée par Arthur Breitman (158 milliards de dollars contre 1,2 milliard de dollars), Ethereum est également davantage utilisée.

Surtout, elle n’est plus énergivore comme avant. Avec le passage au Proof-of-Stake - preuve d’enjeu - en septembre, la deuxième plus importante blockchain de la planète derrière Bitcoin (368 milliards de dollars) consomme beaucoup moins d’électricité.

Tezos ne peut donc plus critiquer l’impact environnemental de son concurrent alors que c’était l’un de ses points différenciant. “Ce n’était déjà plus un argument depuis quelques temps”, tempère Arthur Breitman, le Français qui a conceptualisé Tezos en 2014 et qui siège au conseil d'administration de la fondation. “Beaucoup de blockchains proposent désormais un consensus moins énergivore. L’écosystème Tezos trace son chemin indépendamment d’Ethereum”, avance-t-il.

La “scalabilité” de Tezos

Selon le Français qui vit aux États-Unis, c’est la scalabilité de Tezos, c'est-à-dire sa capacité à passer à l'échelle, qui pourrait faire la différence. “Ethereum a mis près de 8 ans à implémenter la preuve d’enjeu alors que c’était opérationnel dès 2018 chez Tezos”, glisse-t-il, en ajoutant : “Combien de temps mettront-ils à réellement décupler le nombre de transactions ?”

À partir de sa mise à jour “Lima”, programmée mi-décembre, Tezos proposera des solutions “rollups”. L’avantage de ce système, qui sera directement intégré dans le protocole, est qu’il permet d'augmenter drastiquement le nombre de transactions.

De son côté, Ethereum a besoin de passer par des solutions plus “centralisées” (Optimism, Arbitrum, etc.) pour augmenter les volumes. “Avec Tezos, toutes les entreprises pourront facilement développer leurs propres solutions de scalabilité en adéquation avec leurs besoins”, avance Hadrien Zerah de Nomadic Labs.

On peut toutefois se questionner sur la priorité donnée à un tel développement. Tezos n’a encore jamais eu assez d’activité pour remplir la totalité de ses blocs de transactions… “Le réseau n’a actuellement pas besoin de ces capacités, mais cela viendra”, explique Arthur Breitman. “En développant le protocole le plus performant possible, nous offrons l’opportunité à des projets extrêmement gourmands d’imaginer des applications blockchains sur Tezos.”

Un discours qui plaît à certains. Du côté d'Ubisoft, on se réjouit d'avoir opté pour cette technologie. “Tout ce que l'on voulait faire a correctement fonctionné. Les équipes de Nomadic nous ont permis de monter en compétences”, explique Didier Genevois, Tech et Product Director au Lab du géant des jeux vidéo.

Pour Fatih Balyeli, le patron d’Exaion, la filiale blockchain du groupe EDF, le choix de Tezos dès 2020 est apparu comme évident pour des raisons liées à sa sobriété énergétique et la présence des experts de Nomadic Labs. “C’est une très bonne technologie et nous continuerons à travailler dessus dans le futur”, assure-t-il.

EDF est un soutien de poids pour Tezos. Peut-être d’ailleurs le plus important d’entre eux. Mais l’électricien public ne veut toutefois pas mettre tous ses œufs dans le même panier et travaille aussi avec d’autres comme… Ethereum.

Selon nos informations (lire notre article), sur les 300 nœuds gérés par Exaion (tous protocoles confondus), plus de la moitié sont désormais sur Ethereum alors que Tezos a longtemps été majoritaire.

Même son de cloche chez Ubisoft : “Même si nous avons développé beaucoup de choses sur Tezos, la réduction de la consommation énergétique d'Ethereum a rebattu les cartes”, souffle Didier Genevois. Tezos est donc prévenu.

Le problème : Ethereum a 4 ans d’avance

Plus largement, le problème de Tezos et des autres blockchains est qu’Ethereum, en plus de conserver son avance, ne cesse de l'accroître. “Les alternatives à Ethereum (Cardano, Solana, ndlr) comptent beaucoup moins de développeurs, leurs langages de programmation sont moins maîtrisés et les outils qui servent à déployer les smart contracts manquent de maturité”, pointe Stanislas Barthélémi de KPMG.

Lorsque l’on compare la valeur totale immobilisée dans les applications de finance décentralisée (DeFi) de Tezos, celle-ci dépasse péniblement les… 35 millions de dollars. De son côté, Ethereum galope en tête avec 31 milliards de dollars, oui milliards ! Et quand on regarde le nombre d’applications DeFi disponibles, le rapport est tout aussi déséquilibré (576 contre 13).

Tezos préfère mettre l’accent sur la vivacité de son écosystème artistique qui utilise de plus en plus ses NFT :

  • Une exposition spéciale, #CleanNFT Gallery, aura lieu en février 2023 à Paris
  • La plateforme d’échange Objkt multiplie les projets

Néanmoins, c’est sans commune mesure avec OpenSea, son équivalent sur Ethereum : quand Objkt affiche 1,6 million de dollars de valeur échangée sur les 30 derniers jours (transaction moyenne à 11,4 dollars), OpenSea plastronne à 336 millions de dollars (200 dollars).

“L’avance d’Ethereum s’explique principalement par son antériorité”, tente de justifier Hadrien Zerah. “Il a fallu développer tous les outils, comme les wallets ou les langages des smart contracts. Cela a mis au moins deux ans pour que tout soit totalement opérationnel”, concède-t-il.

Un retard qui se paye toutefois cash aujourd’hui… Pendant que Tezos se développait, les autres projets, surtout les plus disruptifs (MakerDAO, Uniswap et Compound principalement), sont logiquement allés là où les outils étaient prêts. C’est-à-dire sur Ethereum.

L’innovation de la dernière chance ?

Tezos n’a pas pour autant rendu les armes et l’arrivée d’une innovation de rupture pour se relancer est attendue. Il sera bientôt possible de développer des applications Web3 avec des langages de programmation informatique courants (Java, C++, Rust, Javascript, etc.). De là à faire tourner un jeu vidéo entièrement sur Tezos ? Cela paraît encore très loin.

Mais il sera plus facile d’avoir des jeux intégrant des briques Web3 (tokens utilisables dans le jeu, NFT, système de traçabilité, etc.). La date est encore inconnue. Selon nos informations, la fin d’année 2022 est un calendrier envisageable.

“Nous pourrons écrire du code sans passer par les langages Web3. Cela permettra de toucher des communautés de développeurs beaucoup plus larges”, insiste Hadrien Zerah de Nomadic. Toujours dans le domaine du jeu vidéo (Ubisoft est un partenaire important de Tezos), certains envisagent de remettre au goût du jour d’anciens jeux à la sauce Web3. Imaginez une aventure de Rayman utilisant des tokens et des NFT…

“Les banques et les studios de jeux vidéo avec qui nous discutons ont immédiatement compris l’intérêt de Tezos. Ils pourront plus facilement déployer des usages avec les langages qu’ils maîtrisent déjà", ajoute Hadrien Zerah. Est-ce que cela sera suffisant pour inverser la tendance ? Réponse d’ici quelques mois…

Le point fort : la manne financière de la fondation

En attendant, l’écosystème Tezos ne manque pas de ressources et a de quoi voir venir grâce aux subventions versées par sa généreuse fondation installée à Zoug (Suisse). “Le gros avantage de Tezos est que son organisation distribue beaucoup de financements, ce qui est moins le cas de la fondation Ethereum”, décrypte Stanislas Bathélémi de KPMG.

Selon nos informations, il suffit de deux à trois semaines pour savoir si on est éligible ou pas. Et les sommes peuvent être conséquentes : certains projets ont reçu plus de 500.000 dollars !

“Pour les entreprises qui se posent des questions sur l’intérêt de lancer un projet sur la blockchain, Tezos a encore l’avantage de ne pas coûter cher puisqu’ils peuvent être subventionnés”, souligne le consultant. Le risque pour Tezos, c’est qu’une fois que le sujet est maîtrisé par les entreprises, celles-ci plient bagages et filent sur Ethereum...

Tezos n’est toutefois pas le seul protocole à pratiquer cette politique. Il est courant que d’importants programmes de financement soient mis en place pour soutenir l’activité d’une blockchain. “Cela revient parfois à arroser le désert”, constate Stanislas Barthélémi.

Au 30 juin, la fondation Tezos disposait d’une réserve de 655 millions de dollars. Mais cet argent n’est pas infini, surtout en bear market. Depuis le début de l’année, la réserve de la fondation a fondu de 50% !

Son trésor de guerre est majoritairement constitué de bitcoins (-67% depuis un an) et de XTZ, la cryptomonnaie de Tezos (-81% depuis un an). “La marge de manœuvre de la fondation s’est considérablement réduite avec les conditions de marché”, observe Stanislas Barthélémi. Surtout que les dépenses s’accélèrent : le sponsoring du club de football Manchester United, signé en février 2022, n’est pas anodin.

Selon la presse spécialisée, Tezos va débourser 23 millions de dollars par an pour être sur le maillot d’entraînement des stars anglaises ! “Il faut que Tezos trouve rapidement son public et ses cas d’usage”, conclut Stanislas Barthélémi. Sans quoi il sera beaucoup plus difficile de continuer à attirer les grandes marques.

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