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Luc Falempin (Tokeny) : "L'ERC-3643 doit permettre de répondre au besoin de standardisation"

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Luc Falempin (Tokeny) : "L'ERC-3643 doit permettre de répondre au besoin de standardisation"

Luc Falempin (Tokeny) : "L'ERC-3643 doit permettre de répondre au besoin de standardisation"Luc Falempin (Tokeny) : "L'ERC-3643 doit permettre de répondre au besoin de standardisation"

C’est le nouveau standard Ethereum qui devrait servir de socle technologique à la tokenisation des actifs financiers en permettant d'y inclure des éléments de conformité. Décryptage des enjeux avec le PDG de Tokeny, à l’origine de sa conception.

The Big Whale : Il existe déjà de nombreux standards de token sur Ethereum comme l'ERC-20. Pourquoi avoir besoin d'en lancer un nouveau ?

Luc Falempin (Tokeny) : Aujourd'hui, l'ERC-20 est le token le plus utilisé dans l'écosystème Ethereum mais il ne permet globalement que deux choses : consulter le solde d'une adresse et effectuer des transferts, ce qui est largement insuffisant pour répondre aux impératifs de traçabilité. Depuis le lancement d'Ethereum, plusieurs standards ont émergé pour tenter de répondre à cette problématique comme le 1400, mais là encore, il y avait énormément de contraintes réglementaires.

En tant que fournisseur de technologie, nous proposons aux institutions financières d'émettre, de gérer et de transférer des titres sur une blockchain. Comme il n'y avait aucun format de token qui nous convenait, nous avons décidé en 2018 de proposer notre propre standard pour répondre aux besoins de nos clients.

En quoi votre standard est-il différent des autres ?

Pour faire simple, notre standard va permettre d'incorporer les différents éléments de réglementation comme l'identité d'un investisseur pour qu'il ne soit pas accessible à n'importe qui mais aussi que son propriétaire puisse être identifié par un régulateur. C'est très intéressant car cela permet d'amener du contrôle même sur une blockchain publique. Il n'est donc plus nécessaire de contrôler tout le réseau. C'est pour cette raison que pendant longtemps, la plupart des expérimentations se déroulaient sur des blockchains privées.

Peut-on dire aujourd'hui que la tokenisation aura lieu essentiellement sur des blockchains publiques comme Ethereum ?

C'est en tout cas la tendance que l'on observe de plus en plus. Nous pensons que le futur est multi-chaînes mais qu'il sera basé sur la même base technologique, à savoir celle proposée par Ethereum, à savoir l'EVM parce que c'est le standard le plus partagé aujourd'hui et donc un puissant vecteur d'interopérabilité.

Dans le développement du standard 3643, nous intégrons ce futur puisqu'il est compatible sur n'importe quelle blockchain EVM compatible avec la même adresse de smart contract. Concrètement, cela veut dire que si un acteur l'utilisant se trouve sur une blockchain qui rencontre des problèmes, la migration peut s'effectuer en quelques minutes.

Pourtant, il y a régulièrement de nouvelles narratives qui émergent et prétendent détrôner Ethereum.

Oui, et même des technologies qui semblent plus intéressantes. Mais au final, l'histoire a montré que ce n'est pas toujours la meilleure technologie qui l'emporte. Ce que veulent les institutionnels, c'est un réseau vecteur d'interopérabilité qui fonctionne et qui ne coûte pas cher. Ethereum répond pour le moment en majorité à ces attentes ou est en passe de le faire.

Pourquoi n'y a-t-il pas plus de standards de ce type utilisés aujourd'hui ?

Tout simplement parce que la finance traditionnelle et l'univers crypto ont mis du temps à se rapprocher. Cela fait longtemps que l'on parle de tokenisation (lire notre rapport "La tokenisation est-elle l'avenir de la finance ?") mais il fallait plusieurs phases d'expérimentation pour confirmer un potentiel impact de la blockchain sur les infrastructures de marché. Commencer à parler de standard il y a 6 ans était extrêmement précurseur.

Aujourd'hui, qui peut utiliser l'ERC-3643 ?

Notre standard est accessible à toute entreprise désireuse de l'utiliser. Il est codé en Solidity, le langage de programmation d'Ethereum donc EVM (Ethereum Virtual Machine) compatible. Son protocole est complètement open-source, cela signifie que n'importe qui peut soumettre des améliorations. Aujourd'hui, l'ERC-3643 en est à sa V4.

Quel est votre intérêt ? Touchez-vous des frais sur les transferts ?

Absolument pas. D'ailleurs, même si Tokeny n'existe plus, l'ERC-3643 peut continuer à exister et être échangé. Aujourd'hui, l'un des freins importants au développement de la tokenisation, c'est l'absence de standards partagés par l'ensemble des acteurs. C'est ce que nous voulons pousser avec l'ERC-3643. Nous sommes au tout début de la tokenisation donc n'importe quel standard proposé bénéficiera forcément au plus grand nombre.

Nous sommes aussi confiants parce que cela fait depuis 2017 que nous travaillons sur ces sujets et nous avons quand même acquis une solide expérience et une certaine réputation. Demain, les banques chercheront des acteurs connaissant bien le sujet capable d'orchestrer l'ensemble des opérations nécessaires pour tokeniser des actifs. Elles vont forcément déléguer car ce sera trop compliqué et donc trop risqué qu'elles le fassent elles-mêmes. C'est notre pari sur la base de ce que nous constatons depuis plus de 6 ans maintenant.

Vous ne craignez pas que d'autres standards émergent ou copient l'ERC-3643 ?

Il y en a tous les jours ! Mais une nouvelle fois, la clé est de développer un standard partagé par le plus grand nombre. En plus, l'ERC-3643 est largement perfectible et se veut davantage comme une base à partir de laquelle il est possible de construire sa propre solution avec ses paramètres. Il est donc plus avantageux de construire à partir de cette base que de repartir de zéro. D'ailleurs, notre propre plateforme d'orchestration est construite autour de ce standard.

Tokeny n'est pas bien connu du grand public. Pourquoi ?

Parce que nous fournissons des services essentiellement en marque blanche pour les institutionnels financiers. Mais nous sommes derrière énormément d'expérimentations qui ont eu lieu ces dernières années. Aujourd'hui, nous sommes une quarantaine à travailler au sein de l'entreprise qui est basée au Luxembourg.

Vous avez aussi lancé une association à but non lucratif au Luxembourg pour promouvoir le standard. Le but est-il de créer une sorte de consortium ?

En quelque sorte, oui. Le but de l'association est de réunir un maximum d'acteurs autour de la table pour développer le plus de choses possibles en commun, que ce soit une amélioration de l'ERC-3643, le développement de plateformes en commun pour favoriser le développement de la tokenisation ou encore du contenu éducatif à destination des entreprises.

Comme je l'ai précisé plus tôt, il n'est pas nécessaire d'être membre de l'association pour utiliser le standard. Aujourd'hui, nous comptons notamment comme membres fondateurs Invesco, Aztec Group, Apex, Bitstamp, Polygon ou encore Capgemini. On peut également citer Taurus qui nous a rejoint récemment. Au total, l'association compte une cinquantaine de membres. Nous travaillons aussi régulièrement avec des acteurs comme Circle ou Chainlink.

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