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Jean-Marie Mognetti (CoinShares) : "Les États-Unis sont les meilleurs pour saisir les nouvelles opportunités"

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Jean-Marie Mognetti (CoinShares) : "Les États-Unis sont les meilleurs pour saisir les nouvelles opportunités"

Jean-Marie Mognetti (CoinShares) : "Les États-Unis sont les meilleurs pour saisir les nouvelles opportunités"Jean-Marie Mognetti (CoinShares) : "Les États-Unis sont les meilleurs pour saisir les nouvelles opportunités"

Après une année compliquée à l’image du secteur, le gestionnaire d’actifs britannique, CoinShares, a quelque peu revu sa stratégie. Le but est de se focaliser davantage sur la gestion d'actifs et sur les États-Unis.

The Big Whale : Cela fait plus d’un an que les marchés cryptos ne sont pas au mieux. Les résultats de CoinShares ont été impactés. Comment va la société ?

Jean-Marie Mognetti : Honnêtement, les choses ne vont pas si mal. Nous avons plutôt bien géré les effets négatifs de ce "bear market". Nous avons revu nos coûts et la structure que nous avons mise en place nous permet d’absorber les chocs.

Quelles sont les spécificité de votre structure ?

Dès notre lancement en 2014, nous avons fait le choix de ne pas nous financer via des sociétés de capital-risque (VC). CoinShares a été lancé avec les fonds propres de ses associés puis s’est développé à partir de ses revenus existants et conditionné son expansion en fonction de la croissance de ces revenus.

Le danger pour une société qui est alimentée par les fonds de capital-risque, c’est d’être contraint de dépenser leur argent, quoi qu’il arrive. C’est ce qu’il s’est passé lors du précédent "bull run", et nous en voyons aujourd’hui les conséquences. Il faut réussir à maîtriser sa croissance et à ne pas partir dans tous les sens, surtout dans les périodes de hausse des marchés.

Comment avez-vous justement évité de “partir dans tous les sens” ?

CoinShares s'est concentré sur son savoir-faire originel, la gestion d'actifs. Nous avons d’abord renforcé notre activité de crypto ETP (sorte d’ETF en Europe). Nous avons également délaissé notre activité de Capital Market pour lancer Hedge Fund Solutions, notre activité de hedge fund.

Vous aviez déjà une activité de hedge fund crypto que vous aviez arrêté par le passé. Pourquoi la relancer maintenant ?

D’abord, parce que nous avons consolidé et perfectionné notre modèle sur nos autres activités comme le trading pour compte propre, qui représente aujourd’hui près de 50% de nos revenus.

Ensuite, parce que le marché a mûri. En 2014, nous avions effectivement lancé un fonds privé régulé sur le bitcoin (Global Advisor Bitcoin Investment Fund). Nous l’avons stoppé en 2017 parce que le marché n’était pas encore suffisamment mature en termes d’infrastructure, de régulation ou de liquidité.

À l’époque, les taux d’intérêt étaient également très bas. Lancer une activité de hedge fund était alors moins pertinente. Proposer des produits structurés comme les ETP dans une classe d’actifs volatile comme les cryptos suffisait aux investisseurs. Avec des taux d’intérêt à 5%, déployer des stratégies d’allocation via des hedge funds devient beaucoup plus pertinent. Le terrain de jeu est très ouvert.

Quels sont les moyens de votre hedge fund ?

À terme, nous ambitionnons de lever plusieurs centaines de millions d’euros auprès d’institutionnels. Une vingtaine de personnes seront chargées de gérer et développer cette activité.

Quelle est la stratégie ?

Nous ne pouvons pas communiquer précisément là-dessus, car les fonds ne sont pas disponibles en Europe. Mais pour le moment il s'agit de deux fonds, Bitcoin et Ethereum, qui ont pour objectif de surperformer l'actif sous-jacent.

En plus du lancement de votre hedge fund crypto, vous avez également annoncé vouloir vous déployer aux États-Unis. N’est-ce pas un peu risqué avec l’environnement réglementaire actuel ?

Quand la régulation se met en place, elle crée naturellement des frictions. Mais vouloir quitter les États-Unis à cause du flou réglementaire est une erreur d’analyse. Certains acteurs choisissent de se replier dans des juridictions off-shores. Ce n’est pas ce que nous voulons faire.

Chez CoinShares, nous avons toujours mis la régulation au coeur de notre stratégie et nous allons continuer de le faire. La régulation fait d’autant plus sens que nous pensons que nous avons les armes pour jouer un rôle clé aux États-Unis.

Vos deux premiers hedge funds, basés sur Bitcoin et Ethereum, ont été lancés aux États-Unis et au Royaume-Uni. Pourquoi pas dans l’Union européenne ? 

Globalement, l’Europe n’a pas la même appétence au risque. Cette tendance s’observe aussi via des produits structurés comme les ETP. Il y a peut-être l’Allemagne et la Suède qui font office d’exception. Dans ce contexte, il était donc plutôt logique de commencer à déployer nos hedge funds au Royaume-Uni et aux États-Unis.

En termes de produit d’investissement, comment sont perçues les cryptos en Europe par rapport aux États-Unis ?

À rebours de ce qu’on entend un peu partout en Europe, il y a beaucoup plus d’appétit pour les cryptos aux États-Unis 🇺🇸. On peut le regretter, mais c’est comme ça. C’est d’ailleurs dommage parce que l’Europe est en avance par rapport au reste du monde sur le sujet.

Très tôt, l’Europe a réussi a créer des structures juridiques claires qui ont permis la mise sur le marché de produits comme les ETP. Mais malheureusement, comme à chaque fois je dirais, nous laissons filer notre avance…

Comment expliquez-vous ces réticences en Europe ?

Il y a plusieurs explications, mais je dirais que la principale se situe dans le rapport à l’innovation. Aux États-Unis, l’innovation est naturelle.

Même si certains critiquent les cryptomonnaies, vous allez voir des géants comme BlackRock qui vont travailler avec des entreprises crypto comme Coinbase ou Circle. Vous imaginez un acteur européen de cette taille faire la même chose ? Les États-Unis sont clairement meilleurs pour saisir les nouvelles opportunités.

En Europe, nous aimons bien parler d’innovation, mais dans les faits ça ne suit pas toujours. Que ce soient les entreprises, les banques ou les fonds, tout le monde reste globalement sceptique. C’est une fois que ça avance aux États-Unis que nous réagissons… La France a parmi les plus grandes banques européennes, mais aucune ne permet d’accéder facilement à des produits crypto.

Les cryptos sont une nouvelle classe d’actifs. N’est-ce pas une bonne chose de vouloir être quelque peu prudent ?

Si bien sûr, il ne faut pas se précipiter. Mais l’ironie de l’histoire, c’est qu’en voulant surprotéger les consommateurs, nous les poussons à investir via des plateformes d’échanges crypto avec globalement moins d’obligations réglementaires et parfois situées dans des juridictions assez exotiques…

Est-ce que vos activités américaines pourraient dépasser celles en Europe ?

Je ne sais pas si elles seront plus importantes aux États-Unis, mais elles seront différentes, c’est certain. Nous regardons également l’Asie.

À terme, nous ambitionnons de devenir un acteur global en proposant une gamme complète digne d’un gérant d’actifs classique, mais appliquée à la crypto. Le scandale FTX a été un choc pour tout le monde. Les investisseurs ont besoin d’avoir des politiques d’investissement rassurantes avec des processus proches du monde financier traditionnel.

N’est-ce pas un peu risqué de se concentrer uniquement sur les cryptos ?

CoinShares a été lancé par des traders de matières premières avec un objectif simple : se concentrer sur des actifs que l’on pense sous-évalués.

Au départ, nous avons parié sur les matières premières et notamment le pétrole. Nous pensons exactement la même chose avec les cryptos et le bitcoin dont l’offre est restreinte à 21 millions d’unités.

Plus globalement, les acteurs qui ont commencé à développer des compétences pour appréhender la volatilité des cryptos ont une longueur d’avance.

Au-delà de l’offre limitée, qu’est-ce qui fait selon vous la valeur du bitcoin ?

Le bitcoin n'est sous l'emprise d'aucune entité centrale, ce qui le protège contre les crises monétaires, inflationnistes et les manipulations politiques. Son système permet également une résistance à la censure puisque les transactions se font de pair-à-pair.

L’autre grand avantage du bitcoin est qu’il peut être transporté facilement et de manière sécurisée contrairement à d’autres actifs comme l’or et nécessite simplement un dispositif de stockage de clés privées.

Ces caractéristiques permettent de combiner à la fois des opportunités de rendements substantiels et des mécanismes robustes pour la préservation de la valeur.

Qu’est-ce qui serait susceptible de faire repartir le marché ?

Personnellement, je n’ai pas de boule de cristal mais plusieurs éléments pourraient jouer à la hausse. Je pense notamment à l’approbation d’un ETF Bitcoin Spot aux États-Unis.

Une telle information pourrait être un déclencheur en permettant aux investisseurs particuliers et institutionnels de s’exposer au bitcoin via des véhicules financiers classiques.

Aujourd’hui, nous voyons clairement que le bitcoin et l’ether commence à être considérés comme des actifs à part entière. Il y a encore beaucoup d’intérêt de la part d’institutionnels du monde financier traditionnel pour comprendre le sujet mais très peu osent pleinement s’y lancer. Sur le long terme, plus la régulation avancera et plus ils seront nombreux à rentrer sur ce marché.

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