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EXCLUSIF. Nicolas Bacca : “Personne n’imaginait que Ledger atteindrait cette taille”

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EXCLUSIF. Nicolas Bacca : “Personne n’imaginait que Ledger atteindrait cette taille”

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Figure de l’écosystème crypto, Nicolas Bacca vient de quitter Ledger, qu’il a co-fondée en 2014. Dans une interview avec The Big Whale, il revient sur son rôle dans la pépite française, sa vision du marché des cryptomonnaies et, évidemment, ses nouveaux projets.

Figure de l’écosystème crypto, Nicolas Bacca vient de quitter Ledger, qu’il a co-fondée en 2014. Dans une interview avec The Big Whale, il revient sur son rôle dans la pépite française, sa vision du marché des cryptomonnaies et, évidemment, ses nouveaux projets.

The Big Whale : Vous venez de quitter Ledger que vous avez co-fondé il y a presque 10 ans. Pourquoi ?

Nicolas Bacca : Je pense que je suis arrivé au bout de l’aventure. Evidemment cela fait bizarre, surtout en tant que co-fondateur, mais je pense qu'une petite structure me conviendra mieux.

Quand les choses grandissent trop, je me sens moins à l'aise. Je voudrais que les choses aillent plus vite, mais ce n'est pas possible avec les entreprises de cette taille. Je pense que beaucoup de co-fondateurs qui ont vu leur entreprise grandir ressentent la même chose.

Certains disent que votre départ est lié à un désaccord stratégique. Est-ce le cas ?

J’ai d’autres projets qui nécessitent une équipe très réduite et indépendante.

Avant de parler de ces nouveaux projets, qu’est-ce que vous retenez de toutes ces années chez Ledger ?

Que c'était incroyable. Démarrer une aventure à trois et arriver à créer une entreprise de 600 personnes capable de fournir plus de 6 millions de portefeuilles numériques à travers le monde, c'est vraiment quelque chose de spécial.

Humainement, c'était très enrichissant parce que la crypto touche à plein de domaines. Cela m'a permis de rencontrer des personnes d'origines professionnelles très différentes.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Difficile de répondre, mais je pense que c'est quand même d'avoir rendu la technologie de la carte à puce utilisable pour le grand public. Pendant longtemps, cette technologie est restée l'un des secrets industriels les mieux gardés par les gouvernements et les banques. Au final, nous avons réussi à donner un nouveau souffle à une technologie qui n'avait pas tellement évolué depuis les années 80.

Avec le recul, qu’est-ce que vous auriez pu faire de mieux ?

Je pense que nous aurions certainement pu en faire davantage en matière de décentralisation. Je suis conscient que plus une entreprise se développe, plus il est difficile de décentraliser les choses, parce que la centralisation paraît plus efficace, mais je pense néanmoins que Ledger peut être davantage décentralisé.

Quand vous parlez de décentralisation, faites-vous référence à la gouvernance de l'entreprise ?

Non, je pense plutôt à la façon dont nous avons développé nos produits et notre entreprise. Je pense que nous aurions dû créer davantage de branches indépendantes qui se regroupent uniquement lorsque cela est nécessaire.

Qu'est-ce qui a bloqué ?

Introduire davantage de décentralisation n'est pas toujours facile à défendre, surtout auprès des investisseurs. Et c'est encore plus compliqué lorsque le contexte sur les marchés n'est pas favorable. Il faut obtenir des résultats, et dans ces cas-là, la tentation est de tout centraliser.

Vous êtes le dernier co-fondateur à partir. Qu'est-ce que cela dit de l'histoire de Ledger ?

À l'époque, nous nous sommes réunis pour créer une entreprise. Personne ne pouvait savoir ce que Ledger allait devenir, mais je pense que nous sommes tous satisfaits de ce que nous avons fait.

Justement, qu’allez-vous faire maintenant ? Quels sont vos nouveaux projets ?

Je reste évidemment dans la crypto, c’est ce que j’adore, et mon nouveau projet est dans la droite ligne de ce que j’ai toujours voulu faire, c’est-à-dire permettre aux gens d’accéder le plus facilement possible aux cryptos et au Web3.

Nous allons commencer avec une équipe de 5 personnes aux profils très différents. L'idée est de créer des outils Web3 pour les utilisateurs de ce que certains appellent le Web2, autrement dit l’Internet que nous utilisons tous aujourd’hui.

L'un des freins à l'adoption est la gestion des clés privées. C'est notamment pour cette raison que beaucoup de novices hésitent encore à acheter un portefeuille comme un Nano (produit phare de Ledger, ndlr). Nous allons proposer un portefeuille accessible depuis un site web grâce à une authentification classique, afin que l'utilisateur n'ait pas à gérer les clés privées.

Concrètement, comment cela va se passer pour les personnes qui utiliseront vos services ?

Ce sera un service que nous allons proposer aux entreprises. Les entreprises que nous viserons en premier seront des marques qui veulent proposer des NFTs.

Le wallet sera complètement intégré au site web de manière à ne pas changer l'expérience des utilisateurs. Le but est qu'ils ne s'aperçoivent même pas qu'il y a de la blockchain derrière.

L'autre point intéressant, c'est que même en changeant de site web, l'utilisateur pourra avoir accès au même wallet.

Mais qui gérera les clés privées ?

Elles appartiendront toujours à l'utilisateur, mais il n'aura pas à s'embêter avec leur gestion. En revanche, si vous perdez vos codes d'accès, il sera toujours possible de les récupérer en se connectant à son compte Google ou Apple, par exemple.

Ce que vous proposez est quand même assez opposé à la philosophie de la self-custody…

La question est de savoir où mettre le curseur pour démocratiser au maximum la crypto. Je suis toujours un partisan très fervent de la self-custody (détenir soi-même ses cryptos, ndlr), mais je suis aussi pragmatique. Notre solution s'adresse à ceux qui ne sont pas à l'aise avec l'idée de gérer eux-mêmes des clés privées.

Accepterez-vous toutes les blockchains ?

J'ai envie d'être agnostique, donc tant que la blockchain peut exécuter des smart contracts, nous l’accepterons.

Vous avez évoqué vouloir démarrer avec 5 personnes "aux profils très différents". Qui seront-ils ?

Dans un premier temps, j'aurai besoin de quelqu'un pour développer l'expérience utilisateur Web. Je cherche également un cryptographe capable de travailler on-chain, une compétence subtilement proche de la cryptographie embarquée. Je cherche aussi quelqu'un ayant des compétences en optimisation de contrat. Et évidemment quelqu'un qui soit plus commercial que moi ! (rires)

Vous prévoyez de lever des fonds ?

Je n’ai pas encore tranché.

Vous êtes l’un des pionniers de l’écosystème crypto. Quel sont les principaux changements que vous avez observé depuis 2011 ?

Aujourd'hui, je pense que les cryptos ont prouvé qu'elles remplissaient leur mission, c'est-à-dire être une ressource financière qui traverse les frontières.

Aujourd'hui, on voit que les habitants des pays touchés par l’inflation se protègent en investissant en cryptos et particulièrement dans les stablecoins. Avant, pour se protéger de l'inflation, il était souvent nécessaire de passer physiquement par le marché noir. Aujourd'hui, cela est possible directement via Internet.

L'autre point qui est rarement évoqué, c'est l'aspect qui n'est pas financier. Le développement technologique des cryptos a permis des avancées majeures en termes de cryptographie pour l'authentification et le pseudonymat sur Internet.

Et si vous deviez retenir une seule chose ?

C’est difficile, mais je dirais l'adoption par la finance traditionnelle. Honnêtement, j'ai longtemps pensé que la crypto resterait une affaire de geeks. Je ne pensais pas du tout qu’elles intéresseraient à ce point les institutions traditionnelles. Aujourd’hui, on a quand même le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète, BlackRock, qui veut proposer un ETF bitcoin.

Qu’est-ce qui manque à l’écosystème pour favoriser davantage l’adoption ?

Au-delà de l’expérience utilisateur, l’écosystème manque globalement de culture de sécurité, comme en témoignent les nombreux hacks dont sont régulièrement victimes de nombreux acteurs de la finance décentralisée.

Il manque également des processus standardisés pour établir une cartographie des risques avec des feuilles de route claires pour baliser le développement d’un projet. Il faudrait davantage d’outils de simulation. Cette situation s’explique aussi par la jeunesse des entrepreneurs de l’écosystème. Mais en même temps, c’est aussi la beauté de la crypto de pouvoir encore lancer son projet même en étant très jeune !

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