Des taxes douanières pour renforcer le business model d'Ethereum ?

Alors que l’activité des utilisateurs s’est largement déplacée vers les solutions de seconde couche (L2), une proposition vise à faire contribuer davantage ces réseaux à l’économie d’Ethereum. Explications.
C’est l’une des raisons de la perte d’attractivité de ETH. Depuis plusieurs mois, la majorité des transactions des utilisateurs ne passent plus directement par Ethereum (le réseau de couche 1, ou L1), mais par des solutions dites de “rollups”, comme Arbitrum, Optimism ou Base. Ces L2 permettent de réduire les coûts et d’augmenter la vitesse des transactions, tout en s’appuyant sur Ethereum pour leur sécurité.
Ce basculement pose aujourd’hui une question cruciale : alors que les L2 génèrent des revenus importants, Ethereum, lui, ne touche presque rien.
Un modèle désaligné
Les rollups publient leurs données sur Ethereum en utilisant un nouveau format introduit par la mise à jour “Dencun” : les Blobs, ou transactions de type 3. Ce système permet un stockage temporaire de données à très faible coût. Tellement faible, en fait, qu’un rollup peut publier ses données sur Ethereum pour moins d’un dollar.
Conséquence : le réseau principal, qui assure la sécurité de l’ensemble de l’écosystème, voit ses revenus s’éroder, alors que les L2 captent l’essentiel de la valeur. Un désalignement économique que certains développeurs et chercheurs jugent préoccupant.
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Une proposition simple : un pourboire minimum
Face à cette situation, une proposition publiée le 2 avril par Jérôme de Tychey et Dean Eigenmann a émergé : introduire temporairement un minimum de frais prioritaires (appelé aussi “tip”) sur les Blobs. Ce “pourboire” serait versé aux validateurs Ethereum à chaque publication de données par un L2.
Concrètement, si tous les blobs de la journée utilisaient un tip de 5 Gwei (une unité de frais), cela générerait environ 14 ETH par jour pour les validateurs, soit un peu plus de 10 millions de dollars par an (avec un ETH à 2000 $). Un tip plus élevé, à 24,5 Gwei, pourrait rapporter 68 ETH par jour.
Bien que modestes à l’échelle du réseau, ces revenus supplémentaires permettraient de mieux refléter la réalité actuelle : l’activité se passe sur les L2, mais la sécurité reste assurée par Ethereum.
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Volontaire, temporaire et surtout sans fork
Cette mesure serait appliquée de façon volontaire par les validateurs, en attendant une évolution plus structurelle : la mise en place d’un système de tarification dynamique pour les Blobs. L’idée ? Ajuster automatiquement les frais selon la demande sur le réseau : plus le gaz est bas, plus le tip augmente, et inversement.
Par ailleurs, la mise à jour “Pectra”, prévue dans les prochaines semaines, devrait doubler le nombre de Blobs par bloc (EIP-7691), ce qui pourrait encore faire baisser les coûts pour les L2 — renforçant la nécessité d’un rééquilibrage économique.
Contrairement à une mise à jour classique, la proposition de Jérôme de Tychey et Dean Eigenmann ne nécessite pas de fork. Elle peut être appliquée immédiatement grâce aux block builders, qui construisent les blocs pour la majorité des validateurs. Ces acteurs appliquent déjà leurs propres règles (MEV, conformité réglementaire, etc.). Il leur suffirait d’ajouter une règle refusant les Blobs sans frais minimum, et de la publier via une URL que les validateurs peuvent suivre.
Une autre méthode, plus intrusive, consisterait à configurer les nœuds pour ignorer ces transactions, mais cela pourrait ralentir leur propagation sur le réseau.
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Avant d’investir dans un produit, l’investisseur doit comprendre entièrement les risques et consulter ses propres conseillers juridiques, fiscaux, financiers et comptables.


