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Blockchain : le retour en grâce de la traçabilité ?

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Blockchain : le retour en grâce de la traçabilité ?

Blockchain : le retour en grâce de la traçabilité ?Blockchain : le retour en grâce de la traçabilité ?

Après une (petite) traversée du désert, la blockchain fait son grand retour sur le terrain de la traçabilité. L'évolution de la technologie et l'arrivée du passeport numérique européen ont clairement changé la donne.

Après une (petite) traversée du désert, la blockchain fait son grand retour sur le terrain de la traçabilité. L'évolution de la technologie et l'arrivée du passeport numérique européen ont clairement changé la donne.

Si je vous dis poulet et blockchain, vous me répondez évidemment : Carrefour !

Certains se souviennent sans doute du projet de blockchain pour la traçabilité des poulets lancé en 2018 par le groupe français. Pour ceux qui auraient oublié, le but était de permettre aux clients de connaître et de suivre l'origine des poulets vendus en rayons.

Six ans après son lancement, Carrefour utilise toujours sa blockchain et l'a même étendue entre-temps à plusieurs autres produits (oranges, tomates, etc.), mais force est de constater que le succès est loin d'être au rendez-vous. Seule une partie des produits est traçable, et surtout la fonctionnalité est très limitée.

"Personne n'ose le dire parce qu'on parle d'un grand groupe, mais la blockchain de Carrefour est un échec", souligne un bon connaisseur du sujet. Sollicité, Carrefour n'a pas donné suite.

Les raisons de cet "échec" ou "demi-succès" - ne soyons pas trop durs - sont assez simples à comprendre : le groupe dirigé déjà à l'époque par Alexandre Bompard a choisi, comme beaucoup d'autres sociétés, une blockchain privée, celle d'IBM (Hyperledger) pour sa traçabilité.

"L'avantage des blockchains privées, c'est qu'on maîtrise la donnée et les coûts", explique Quentin de Beauchesne*, cofondateur de la société Ownest spécialisée dans la traçabilité industrielle sur la blockchain.

Ce système est évidemment rassurant pour pas mal d'entreprises. "Mais l'inconvénient, c'est qu'il faut gérer l'infrastructure, la mise à jour du logiciel et, surtout, c'est un système qui n'est pas ouvert et interopérable", ajoute-t-il.

De nombreux échecs

Est-ce pour cette raison que la plupart des projets lancés avec des blockchains privées entre 2018 et 2020 n'ont pas percé ? C'est clairement ce que pensent la plupart des experts. "Prenez Boeing, Airbus, Rolls Royce, Renault, on ne compte plus le nombre de grands groupes qui ont lancé leur blockchain privée avant de passer à autre chose faute de résultat tangible", explique l'un d'eux.

À leur décharge, le paysage technologique de l'époque n'avait rien à voir avec celui d'aujourd'hui. En 2018-2020, l'alternative pour de la traçabilité se résumait à : une blockchain privée de type hyperledger ou une blockchain publique via un protocole de première couche (layer 1) comme Ethereum.

"Il n'y avait pas encore les layers 2 qui sont plus rapides et surtout moins chers", explique Flavio Restelli, qui vient de quitter la branche blockchain de KPMG pour rejoindre Nicomatic, un fournisseur français de micro-connecteurs qui a développé des solutions de traçabilité blockchain pour ses clients dans l'univers aéronautique.

Layers 2 et ZKP

Outre l'arrivée des Layers 2, qui sont donc plus rapides et moins chers - transactions qui coûtent moins d'un centime - le développement des solutions de Zero Knowledge Proof (ZKP) ou preuve à divulgation nulle de connaissance offrent aussi des perspectives aux entreprises. "Le ZKP permet d'utiliser une blockchain publique avec beaucoup plus de sérénité sur la sécurité des données", confie-t-on du côté d'un grand groupe du luxe français.

Le développement du chiffrement homomorphe qui permet d'effectuer des opérations sur des données chiffrées sans avoir à les déchiffrer au préalable a aussi ouvert de nouvelles perspectives. La start-up française Zama, considérée comme l'un des leaders sur le sujet, a levé il y a trois mois la bagatelle de 73 millions de dollars pour développer sa solution.

En attendant, les projets de traçabilité via la blockchain se multiplient. "Nous travaillons avec plusieurs acteurs de l'aéronautique sur une solution de blockchain publique qui permettrait à chacun d'avoir une vision globale de sa chaîne d'approvisionnement", explique Flavio Restelli. "Vu que toute la filière travaille ensemble, cela a du sens".

L'approche sur la traçabilité a également évolué. Elle ne s'applique plus exactement à la même chose. "On a quand même fait des progrès", ironise Nicolas Bacca, cofondateur de Ledger, qui a quitté l'aventure fin 2023 pour lancer son propre projet, Smooth. "Les entreprises ont compris que le plus important est de savoir ce que l'on veut tracer", ajoute-t-il.

Deux types de traçabilité

Cette approche plus fine fait émerger deux types de traçabilité. Il y a celle en "amont" pour les industriels. Cette traçabilité concerne la fabrication des produits, la gestion des pièces et leur suivi. "C'est une question d'optimisation interne. Le but est que les informations soient disponibles sur la blockchain publique et que l'on puisse interroger la blockchain directement", explique Flavio Restelli.

En "aval", il y a la traçabilité des produits finis, ceux qui seront entre les mains du client : poulets, sacs, chaussures, etc. "C'est une approche qui n'est pas tournée sur la traçabilité du produit, mais sur la propriété du produit. Qui le détient ? C'est cela qui est intéressant", explique Pierre-Nicolas Hurstel, cofondateur et CEO d'Arianee, qui est l'un des leaders du marché sur la traçabilité des produits sur la blockchain.

Le passeport numérique des produits

Beaucoup d'acteurs comme Arianee, Ownest et Nicomatic accélèrent sur le sujet avec en ligne de mire l'arrivée du passeport numérique des produits en Europe. Ce système est déjà disponible pour les batteries. Il le sera pour le textile d'ici 2025. "Tous les produits sont concernés", explique Pierre-Nicolas Hurstel.

Le principal enjeu se situe au niveau de la standardisation des données sur les passeports numériques. "Il y a encore beaucoup de travail à ce niveau-là", souligne Flavio Restelli. Le but étant évidemment d'éviter de morceler le marché comme cela a pu être le cas il y a quelques années avec les blockchains privées !

(*) Quentin de Beauchesne est actionnaire minoritaire de The Big Whale à titre individuel

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