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Charles d’Haussy (dYdX) : “Il faut sortir de l’aspect tribal de la crypto”

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Charles d’Haussy (dYdX) : “Il faut sortir de l’aspect tribal de la crypto”

Charles d’Haussy (dYdX) : “Il faut sortir de l’aspect tribal de la crypto”Charles d’Haussy (dYdX) : “Il faut sortir de l’aspect tribal de la crypto”

Ancien poids lourd de ConsenSys, le bras armé de l’écosystème Ethereum, Charles d’Haussy dirige désormais la puissante fondation de la plateforme d’échange décentralisée dYdX. Il présente l’ambition du projet et le choix de bientôt basculer sur Cosmos.

Plein de choses. D’abord la DeFi et le fait que dYdX exerce un leadership sur le sujet. Ensuite, ça me permet de travailler sur le développement d’une DAO (organisation autonome décentralisée).

Beaucoup de gens s’intéressent au sujet, mais peu en construisent vraiment. Là j’ai vraiment l’occasion de mettre les mains de la cambouis. Enfin, c’est super de pouvoir travailler sur Cosmos et d’explorer le thème des DAppChain, c’est-à-dire des blockchains qui s’occupent de faire tourner une seule application, comme ça sera bientôt le cas avec dYdX.

À quoi sert la fondation dYdX ?

Son but est de développer l’écosystème. Ce qu’il faut comprendre, c’est que dYdX était jusqu’à présent une application bâtie sur Ethereum, mais qu’elle est en train de se transformer en un protocole à part entière sur Cosmos, c’est-à-dire justement une dAppChain.

La fondation se concentre sur l’aide aux développeurs, la mise en place d’une gouvernance efficace, l’établissement d’une DAO, etc. On discute également beaucoup avec les validateurs pour construire une blockchain “saine”, notamment dans le cadre de la redistribution de la valeur et la décentralisation.

Qu’est-ce qui vous différencie d’une application comme Uniswap, l’acteur historique qui permet d’échanger des tokens sans intermédiaire ?

Uniswap est un Automated market maker (AMM) qui fonctionne avec des pools de liquidité. C’est un outil très intéressant, mais il est moins efficace au niveau du prix des actifs échangés surtout si l’on échange des gros montants. De notre côté, nous travaillons avec des carnets d’ordre, une technique qui existe depuis des dizaines d’années dans la finance traditionnelle. Cela permet de traiter des volumes beaucoup plus importants et d’avoir un prix final plus efficace.

Si je devais résumer, Uniswap s’adresse davantage aux particuliers, quand dYdX accueille surtout des institutionnels et des professionnels. Mais nous attirons aussi beaucoup de particuliers depuis quelques semaines…

Vous avez constaté un pic d’activité depuis la chute de FTX ?

Très clairement ! Nous avons multiplié par trois le nombre de nos utilisateurs et nos volumes. Il y a un gros intérêt de la part de ceux qui se sont brûlés les doigts ou sont passés proches de la catastrophe. Avec un outil décentralisé, on contrôle tout soi-même contrairement à une infrastructure centralisée qui fonctionne comme une boîte noire.

Comment se construit un carnet d’ordres sur blockchain ? Il y a encore peu de temps, cela semblait impossible…

Sur la version actuelle, le carnet d’ordres n’est pas sur la blockchain. Il tourne sur un serveur géré par la start-up dYdx Trading. Ce n’est qu’une fois que les ordres sont exécutés que le règlement est implémenté sur la blockchain.

Pourquoi utilisons-nous un serveur ? Car c’était le seul moyen pour supporter un nombre de transactions correct. Inscrire des données dans une blockchain prend du temps. Il faut les mettre dans un bloc, que ce dernier soit distribué à l’ensemble du réseau, validé et ensuite lu par l’ensemble de la chaîne. D’où le fait de s’appuyer sur un serveur. En revanche, ce n’est pas optimal pour la décentralisation…

Il nous fallait trouver une astuce pour décentraliser, sans perdre en vélocité car les institutionnels, comme les market makers, ont besoin de passer des ordres à haute fréquence. Si on place tout sur une blockchain, ça ne peut pas marcher. C’est pour cela que nous avons trouvé un autre système.

Avec la version 4 qui sera sur Cosmos, le carnet d’ordres sera logé dans la mémoire vive des validateurs de la future blockchain dYdX. La mémoire vive des validateurs, qui est aussi rapide que celle des ordinateurs, aura tous les ordres en permanence et sera capable de les faire se rencontrer. Cela permettra de progresser sur la décentralisation “pure” sans perdre en rapidité d’exécution.

Vous ne pouviez pas développer cela sans passer par Cosmos ?

Notre outil actuel s’appuie sur la technologie de StarkWare qui est une couche secondaire d’Ethereum. Le problème, c’est que cette couche n’est pas totalement décentralisée. Il y a toujours un séquenceur qui doit faire le pont avec le réseau. Du point de vue de l'ingénierie, il y a des éléments qui décentralisent, mais on trouve toujours des maillons centralisés. C’est le même problème avec les autres couches secondaires, comme Arbitrum par exemple.

Sur la version 4, nous aurons le carnet d’ordres et le séquenceur qui seront décentralisés.

Cosmos est donc le plus approprié pour construire l’outil de vos rêves ?

Oui, cela permet d’avoir une blockchain dédiée à notre cas d’usage. Que ce soit Ethereum ou ses couches secondaires (L2), tout ce qui est développé dessus ne “possède” pas le protocole. Quand on a une taille critique, c’est difficile de se satisfaire d’une infrastructure globale…

Nous pouvons tout faire sur Ethereum, sur les L2 aussi : du smart contrat, du stockage, etc, mais quand on veut tout traiter, on fait tout “à peu près bien” mais pas “très bien”. En construisant notre propre blockchain, nous enlevons tout ce qui ne nous sert pas et nous optimisons ce qui est important.

Ce qui prime sur dYdX, c’est l’expérience utilisateur et nous ne mettons aucun affect dans le choix de la technologie. Si nous devons changer la base de données en dessous, ça ne pose pas de problème. Cela peut être vu comme un raisonnement Web2, mais je pense qu’il faut sortir de l’aspect tribal de la crypto qui est parfois trop fort.

Qu’est-ce qui explique qu’on entende moins parler de Cosmos par rapport aux autres projets ?

Comme c’est décentralisé, il n’y a pas de leader, c’est donc un produit qui attire les gros “builders” qui redoutent l’influence de certaines entités. En revanche, il y a clairement un leadership technologique.

N’est-ce pas risqué de quitter Ethereum ? Historiquement, c’est là que se trouve l’innovation…

C’est ambitieux, mais ça a plus de sens pour nous. C’est une décision pour les utilisateurs ! Je ne suis pas sûr que la prochaine vague d’utilisateurs viendra pour la technologie. Je suis persuadé qu’elle viendra pour la qualité de l’expérience.

Ethereum aura certainement de très beaux produits, mais Cosmos va progressivement se faire une belle place.

Quel est le calendrier pour le lancement de la version 4 ?

Nous lançons le testnet privé fin mars, avant d’être ouvert au public fin juillet. Nous espérons pouvoir inaugurer le mainnet, c’est-à-dire le réseau principal, en septembre 2023. Nous pourrons absorber des volumes de dizaines de milliers d’ordres par seconde.

Et une fois le mainnet lancé, qu’est-ce qui est prévu ?

La communauté va avoir un rôle grandissant dans l’écosystème notamment dans la gouvernance. On devrait certainement voir arriver de nouvelles paires de trading, l’ajout de nouveaux produits ou encore des meilleures façons de se connecter à l’écosystème Cosmos.

Le fait que les revenus issus des frais de trading soient reversés à la start-up américaine dYdX Trading pourrait-il évoluer ?

C’est la communauté qui décidera

Quel rôle le token DYDX pourrait-il jouer dans cette nouvelle organisation ?

Ce token sert déjà à exercer la gouvernance du protocole, mais potentiellement la communauté pourrait choisir qu’il devienne un token utilitaire, avec un rôle très différent.

Est-ce qu’il pourrait y avoir une option de staking pour recevoir des revenus issus du protocole ?

Je ne peux pas y répondre légalement, c’est la communauté qui choisira, mais il n’y a pas de solutions multiples…

Que pensez-vous de la concurrence, notamment GMX ?

Je ne veux pas m’exprimer sur la concurrence, mais je tiens à dire que dYdX existe depuis 2017 et traite certains jours plus de volume que Coinbase. Même si certains traders peuvent parfois aller aller ailleurs, la majorité des volumes se passe sur dYdX. Il faut se méfier du bruit sur les réseaux sociaux et de ceux qui font parler d’eux grâce à des incitations financières…

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